Les Incontournables de l’abbaye

  • L’abbatiale St Robert et ses gisants : En 1342 l’abbatiale édifiée quelques siècles plus tôt par Saint Robert, menace ruine. Clément VI manifeste alors la volonté de faire intégralement construire, en lieu et place de l’ancienne église, une abbatiale monumentale, avec le désir que le nouvel édifice puisse abriter sa sépulture. Débutés en 1344, les travaux menés avec une grande rapidité sont pratiquement achevés à la mort du pape en 1352.
    Hugues Morel, travaillant à l’édification du Palais des papes d’Avignon, assisté de Pierre Cébazat, artisan de la cathédrale de Clermont-Ferrand, en sont les maîtres d’œuvre. Chef d’œuvre du gothique dit languedocien, l’abbatiale de La Chaise-Dieu en reprend à l’intérieur toutes les caractéristiques essentielles. Un volume architectural plus large (24m) que haut (18m) offrant aux regards une nef voûtée en gothique surbaissé, présentant des arcs plats reposant directement sur des piliers dépourvus de chapiteaux. A l’extérieur, l’église s’élance en une façade massive et granitique. Un aspect sévère et impressionnant de verticalité, que viennent renforcer de puissants contreforts élancés.

  • Plusieurs éléments de décor et d’objets mobilier de l’abbatiale remarquables. Outre le mausolée de Clément VI, dont le gisant de marbre blanc repose sur une table de marbre noir et qui est placé au milieu du chœur des moines, 144 stalles servant d’écrin au tombeau du pape, viennent comme veiller sur ce dernier. Voulues par Clément VI, elles sont décorées de motifs végétaux et de rosaces, contenant des trilobes et des quadrilobes. Des personnages sculptés y sont représentés, ainsi que des animaux, mais aussi quelques figures de monstres. Autre réalisation majeur présentée dans l’église, est une peinture murale sur le thème très en vogue en cette fin de Moyen âge, de la Danse macabre. Datée des années 1460, cette fresque retranscrit parfaitement en image les incertitudes et les calamités qui traversent le XVe siècle, entre peste et guerre de Cent ans, où la mort est particulièrement présente. Vingt-trois personnes, emblématiques de la société médiévale, y sont entraînés par des transis vers leur propre mort.
    Enfin l’église est pourvue d’un orgue typique de la période classique française, aux dimensions majestueuses. Si le « petit buffet », signé du sculpteur Cox est daté de 1683, la réalisation du « grand buffet », qui vient compléter l’orgue initial est mis en place en 1727. Classé au titre des Monuments Historiques depuis 1849, l’orgue de La Chaise-Dieu restauré depuis 1990 offre aux mélomanes une sonorité des plus majestueuses.

  • La Tour Clémentine : La tour Clémentine, accolée au chevet de l’abbatiale, se dresse au sud-est de l’abbaye. Voulue par Clément VI, sa construction débute en 1355, pour se terminer vers 1378, à la fin du pontificat de Grégoire XI, neveu de Clément VI. Véritable donjon fortifié, muni au rez-de-chaussée d’un four et d’un puits en prévision de longs sièges, la tour Clémentine va jouer un rôle décisif en 1562, au moment où les moines qui y trouvent refuge vont résister aux attaques des huguenots contre La Chaise-Dieu. Cet ensemble défensif, de plan carré, atteste de l’importance des influences architecturales et militaires, héritées du Palais-Vieux d’Avignon du pape Benoît XII (1334-1342), prédécesseur de Clément VI.

  • Le Cloître, la bibliothèque et l’actuelle chapelle des Pénitents C’est vers la fin du XIVe siècle, que l’abbé André Ayraud de Chanac (1377-1420) décide d’entreprendre, à ses frais, la construction des quatre premières travées du cloître adossées à l’abbatiale. Au-dessus de cette partie nord du cloître où ses armes sont visibles sur les contreforts, Ayraud de Chanac fait aussi aménager la bibliothèque, qui ne compte pas moins de 5833 volumes. Vers la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, Pierre Jouvenroux (1491-1527) alors moine infirmier de l’abbaye, en compétions pour devenir abbé avec Jacques de Saint-Nectaire, fait continuer l’édification de la partie nord du cloître, avant d’en faire élever la parie ouest. C’est finalement Jacques de Saint-Nectaire (1491-1518), qui une fois élu abbé va terminer la construction du cloître en lui donnant ses ailes sud et est, maintenant détruites.
    Le cloître de l’abbaye de La Chaise-Dieu, lieu de déambulation à dimension spirituelle, est avant tout un espace fonctionnel, emprunté quotidiennement par les moines, pour accéder à différents lieux qui régissent la vie monastique. Il offre, entre autres particularités, le fait d’être muni de rainures qui permettent de recevoir un système de volets mobiles, pour permettre aux moines au moment de la mauvaise saison, d’être préservé du froid et des intempéries.
    L’angle formé par les allées ouest et sud du cloître est bordé notamment par les vestiges d’un lavabo, matérialisé au sol par un pavage de galets, qui vient rappeler en plus de l’importance de l’hygiène au Moyen âge, la proximité du réfectoire des moines. En effet, bordant l’allée sud est l’actuelle chapelle des Pénitents, qui sert aux offices depuis les années 1970 en hiver et qui n’est autre que l’ancien réfectoire de l’abbaye, édifié durant la 2nde moitié du XVe siècle.
  • Aile ouest la salle des hostes, les cuisines : Parmi les grands personnages qui sont devenus, par la suite abbé commendataire de La Chaise-Dieu est en 1629, le cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII. C’est lui qui décide l’agrégation de la Chaise-Dieu à la congrégation des moines de Saint Maur. Les Mauristes arrivent à l’abbaye le 09 septembre 1640 et coexistent un temps avec les anciens moines bénédictins, avant que ces derniers ne soient enfin dispersés dans des prieurés. Ce sont donc ces Mauristes, qui prenant en compte l’état de délabrement des bâtiments conventuels existant alors, vont se charger de les réorganiser et de les réédifier, à la fin du XVIIe siècle.Ancienne hôtellerie à cette époque, l’aile ouest est constituée alors d’un escalier permettant le passage de l’actuelle avenue de la Gare au cloître de l’abbaye. Puis, à la suite de ce passage se succèdent deux salles dont la dernière fait office au XVIIe siècle de salle des hostes. Enfin après une cage d’escalier mise en place au même moment, vient ensuite une pièce réservée à la chambre des valets, ouvrant sur les fours, puis les anciennes cuisines (actuelle Loge du pape Clément VI).
    En 1790 l’aile ouest a été occupé par neuf chambres d’hôtes, pourvues de cheminée, avec des murs couverts de boiseries et de toiles peintes du XVIIIe siècle, encore visibles aujourd’hui aux différents étages.

  • Aile dite de l’Echo – le grand escalier, les anciennes cellules et la salle de l’Echo : L’aile dite de l’Echo des bâtiments conventuels, ouvrant sur les actuelles places Lafayette et de l’Echo, fait aussi partie des constructions voulues par les Mauristes, à la fin du XVIIe siècle. A compter de l’année 1675 et jusque vers 1682, date gravée sur la cheminée de la salle de l’Echo, la grande totalité de l’abbaye est repensée, remodelée et réédifiée.
    Pour desservir les différents niveaux de cette nouvelle aile, et favoriser la circulation des moines tout au long de la journée, entre leurs cellules, la bibliothèque, la Chapelle du Collège ou bien encore le cloître et l’abbatiale ; un grand escalier est construit. Le soin apporté à son édification relève d’une grande habileté. Les volées de pierre s’organisent autour d’une ample cage d’escalier, éclairée par de larges baies. Une architecture sobre et qui semble avoir été dessinée par un des religieux, membre de la congrégation de Saint-Maur, joseph de la Béraudière.
    Le grand escalier donne accès au premier étage, où tout au long d’un couloir initialement voûté s’organisent une succession de cellules, réservées à l’usage des moines à partir du XVIIe siècle. Cet espace en partie restitué à l’aide de portes en bois, qui ouvrent maintenant de part et d’autre de deux corridors, est le lieu où seront installées les expositions temporaires du site Chaise-Dieu.

  • La salle de l’Echo : Entre deux séries de cellules est un escalier mis en place, lui aussi à cette même époque, et qui permet de rejoindre au rez-de-chaussée la salle dite de l’Echo. Cette salle est couverte d’une voûte d’arêtes, ornée de peintures murales aux motifs végétaux et des rosaces, traités en grisaille. Si la fonction de cette salle est inconnue, ce qui fait son charme est la singularité acoustique qui la caractérise. Loin du phénomène de l’écho produit par la répétition d’un son, il s’agit ici plutôt, de la façon dont une personne qui chuchote tournée face à un angle de cette pièce, est entendu très distinctement par une autre personne, positionnée face à l’angle opposé. Volonté résultant d’un calcul précis, de la part des architectes, ou fruit du hasard, si ce n’est de la coïncidence liée à la disposition des lieux ? Pour l’heure nul ne sait expliquer, ce qui pourtant enchante tout un chacun et fait de cette salle un lieu à l’expérience troublante.
  • L’ancienne chapelle Notre-Dame du Collège : la nef des tapisseries L’aile de l’Écho abrite aussi au rez-de-chaussée, la chapelle Notre-Dame du Collège, un espace restitué grâce aux travaux de rénovation du complexe abbatiale. En effet, lors de la période révolutionnaire, les bâtiments de l’abbaye sont vendus pour partie, aux titres des bien nationaux. La chapelle est divisée en trois parts et son volume initial disparaît peu à peu, pour laisser place à trois appartements, dont l’agencement masque l’intégrité de ce qui préexistait encore au à la fin du XVIIIe siècle.
    Dans les années 2010 avec les travaux entrepris, ce que l’on croyait perdu réapparaît aux regards. Avec le démantèlement des murs de séparation, des faux plafonds, des voûtes sont découvertes, qui bientôt attestent par leur régularité d’un vaste espace, à l’architecture cohérente, qui jusqu’alors était dissimulé aux regards. Ainsi, la chapelle Notre-Dame du Collège retrouve toute la force de sa cohésion architecturale.La chapelle qui se révèle alors est celle qui est voulue par les Mauristes, lors de la reconstruction qu’ils effectuent au XVIIe siècle. Ils décident à ce moment-là d’inclure, ce qui subsiste encore en 1670 de la salle capitulaire, héritée des périodes antérieures. Cet espace correspond actuellement à l’antichambre des tapisseries.

C’est dans cet espace que prennent place les douze tentures de chœur. Elles tiennent parfaitement en ce lieu. A quelques centimètres près. Peut-être est-ce comme un clin d’œil de l’histoire, qui sait si souvent faire dialoguer entre-elles les différentes époques. Un peu comme si tout avait été prévu, à défaut d’avoir été pensé, pour les présenter toutes réunies, bien visibles, à nos yeux d’homme du XXIe siècle. Ces douze tapisseries sont tissées dans des ateliers flamands, à la demande de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire, entre 1501 et 1518, date de leur premier accrochage dans l’abbatiale de La Chaise-Dieu. Elles sont présentées aux regards dès cette époque, de manière temporaire et partielle, selon les nécessités du calendrier liturgique.

Deux autres tapisseries, dites exogènes, font-elles aussi partie de la même commande et sont réalisées elles aussi, dans un atelier flamand. Sans qu’il soit possible cependant, d’affirmer qu’il s’agisse bien du même atelier que les douze tentures de chœur. Il est fort probable que l’abbé Jacques de Saint-Nectaire les destinées à un usage plus personnel, et elles pouvaient avoir la fonction de le suivre dans ses déplacements, pour être accroché dans les chapelles liées à ses domaines privés. Ceci demeure une hypothèse, plus que plausible.

Les quatorze tapisseries forment un ensemble inestimable, tant par la qualité de leur réalisation, que par le choix de leur iconographie. En effet, elles constituent actuellement l’unique exemple tissé, de ce que l’on nomme une représentation typologique, de la vie du Christ. Ce qui signifie que chaque scène du Nouveau Testament est ici préfigurée, par des scènes de l’Ancien Testament.